Manchester City a peut-être 115 chefs d’accusation qui lui pèsent au-dessus de la tête, mais le fait de ne pas remplir l’Etihad Stadium une trentaine de fois par saison est loin d’être leur délit le plus grave.
Mercredi soir, City a validé son ticket pour la finale de la Carabao Cup. Pourtant, après le match, les débats ne portaient pas sur les performances des joueurs, mais sur les absents en tribunes. Dans un Etihad glacial en plein milieu de l’hiver, l’affluence affichait 41 843 spectateurs (dont plus de 5 000 supporters de Newcastle), laissant ainsi plus de 10 000 sièges vides.
Un sujet de moquerie, mais une réalité complexe
Ces fameux sièges vides sont, depuis longtemps, une source inépuisable de plaisanteries pour les supporters rivaux. Pourtant, cette moquerie semble aujourd’hui plus décalée que jamais. Au moment de sortir leur portefeuille pour cette demi-finale retour, beaucoup de fans de City avaient de bonnes raisons de passer leur tour.
Le suspense était déjà mort il y a trois semaines. Après une victoire 2-0 à l’aller contre une équipe de Newcastle en pleine dérive, le match de mercredi n’était qu’une formalité. Une impression confirmée dès la 7ème minute avec l’ouverture du score des Citizens.
Certes, ce n’est pas un cas isolé. Le scénario était similaire contre Galatasaray en Ligue des Champions la semaine dernière, et le site du club propose encore près de 5 000 billets pour la réception de Fulham mercredi prochain. Mais il faut noter que l’Etihad a été rempli à plus de 95 % toute la saison, sauf lors de la réception de Brentford juste avant Noël.
Le football : un luxe devenu inaccessible
On peut regretter ces 30 000 sièges vides cumulés sur trois matchs, mais à une époque où le budget des ménages est serré, nous devrions plutôt saluer la lucidité des supporters. Le mépris devrait être réservé à ceux qui ont transformé le football en un produit de luxe.
Pour le match contre Fulham, 80 % des billets restants coûtent plus de 60 € (50 £). Pour un parent avec deux enfants, la soirée revient à 120 € rien que pour l’entrée. Avec le transport et la restauration, on dépasse allègrement les 180 €.
Ce n’est pas seulement un “problème City”. Le club n’est ni pire ni meilleur que ses rivaux. La différence, c’est que contrairement à son effectif XXL sur le terrain, la base de supporters de City n’a pas la “profondeur de banc” nécessaire pour combler les vides quand les habitués jettent l’éponge. Et il n’y a aucune honte à cela.
Un phénomène généralisé
Il serait hypocrite de pointer City du doigt. À Manchester United, on bradait les places pour le match contre Bournemouth avant Noël. À Londres, le stade de Tottenham était loin d’être plein pour la réception du Borussia Dortmund.
Finalement, c’est une bonne chose. À moins de considérer que le prix des places est tout à fait raisonnable, nous devrions espérer que les fans deviennent de plus en plus sélectifs. Les clubs nous martèlent que les prix sont fixés selon la loi de l’offre et de la demande. Si la demande chute, on peut naïvement rêver d’une baisse des tarifs.
L’effacement du supporter traditionnel
Mais ne rêvons pas trop. Les clubs ne veulent plus forcément du “fidèle” de longue date. Ils limitent le nombre d’abonnements annuels (City en propose moins qu’il y a six ans, malgré l’agrandissement du stade) pour privilégier les billets à l’unité, plus rentables.
Aujourd’hui, un abonnement ne vous appartient plus vraiment. Vous ne pouvez pas venir ? N’espérez pas le prêter simplement à un ami. Les clubs exigent de récupérer le billet pour le revendre plus cher, souvent avec un package “hospitalité” médiocre. Ils font le pari risqué que les touristes d’un jour remplaceront les piliers du stade, quitte à sacrifier l’ambiance.
Un produit de moins en moins attrayant
Payer le prix fort ne vous épargne plus rien : files d’attente interminables, bière hors de prix dans des coursives sombres, et une ambiance qui s’étiole. Sans oublier la VAR. En 2024, les instances admettaient déjà que l’expérience VAR dans les stades était médiocre. Deux ans plus tard, rien n’a changé : un téléspectateur à l’autre bout du monde comprend mieux ce qu’il se passe qu’un supporter présent en tribune.
Tout bien considéré, les fans de City qui sont restés chez eux cette semaine ont peut-être fait preuve de plus de bon sens que ceux qui y étaient. Quant à ceux qui se vantent de faire “guichets fermés” chaque semaine, ils feraient bien de regarder qui s’assoit à côté d’eux : bientôt, leur voisin n’aura plus rien de commun avec le supporter passionné qui faisait du football un rituel sacré.





